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http://lephytoscope.fr/docu71.htm
La presse récente, 2025, publie
"la découverte du parasite responsable de la maladie du manioc en Guyane "
du
champignon responsable
identifié sous le nom de
Ceratobasidium theobromae
Une maladie du manioc en Guyane non identifiée
A. Le manioc aspect social et situation
Le manioc est la plante qui se place au 3ème rang dans le monde pour la production
d'aliments énergétiques. Originaire de l'Amérique du Sud, sa culture s'est étendue à toutes les
zones intretropicales.
Le commerce de ses tubercules (racines tubérifiées)est très imprtant pour les pays producteurs.
Depuis quelqus années, les cultivateurs de Guyane ont observé un abaissement de la production
et naturellement une baisse de leurs ressources. Les consommateurs, de leur côté, ont déploré une
hausse des prix préjudiciable à leur porte-monnaie..
Les premiers ont constaté des changements dans l'allure des plants de manioc au champ.
Devant l'accélération des dégâts certains maires
ont lancé un cri d'appel et se sont rapprochés
du FREDON service officiel de protection des plantes cultivées pour trouver un remède
à la maladie .
Au Brésil, L’alerte est sérieuse. Des champignons attaqueraient la racine du manioc. Le constat a été fait dans
les plantations des amérindiens de la commune d’Oiapoque dont toute la production a été perdue. Le manioc est
à la base de l’alimentation amazonienne. Les techniciens phytosanitaires de l’Embrapa sont formels, indique
le journal brésilien Diaro do Amapa, si rien n’est fait, c’est l’ensemble des champs de manioc de l’Amapa
qui pourraient se trouver infestés par ces champignons qui détruisent la plante.
Les Brésiliens de l'état de
l'Amapa,
confrontés à cette situation, sont tellement inquiets que le
Gouverneur de l'état a proclamé l'état d'urgence le 21/07 dernier.
B Localisation de la maladie
Les réseaux et les journaux se sont emparés des évènements. Un planteur de Ouanary aurait
remarqué des signes de maladie depuis deux ou trois ans. Depuis, ce sont les grandes zones
de culture du Maroni, du Haut Maroni et
plus à la frontière Saint Geoges , Oyapoqué et l'état de l'Amapa voisin qui sont inquiets de la
progression . On n'a pas encore quadrillé le territoire guyanais pour expliquer la progression
de cette maladie nouvellement décelée.
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C. Description des symptômes en Guyane
Des photos de plantations atteintes et d'échantillons collectés pour cause de maladie nouvelle probable, ont été
rassemblées par le FREDON.
M. Damien LAPLACE, directeur, a bien voulu nous les communiquer pour étude des symptômes.
En effet en phytopathologie, certains symptômes sont assez caractéristiques pour faire le diagnostic
du parasite, par exemple le "blanc" du melon indique l'oïdium, la rouille de l'arachide Puccinia.arachidcola
D'autres sont le fait de deux organismes par exemple, le dépérissement de la tomate , dû à la
bactérie vasculaire Ralstonia solanacearum
ou au nématode à galles Meloidogyne. Il a été utile de comparer les photos et de trouver
parmi les images,
des symptômes caractéristiques possiblement comparables à ceux de maladies déjà connues, telles que
phytoviroses, phytobactérioses, ou mycopathogènes.
C1. Les symptômes observés sur les photos du FREDON
C.11 le feuillage

Les feuilles du sommet du rameau pendent et sont noircies. Les étages inférieurs paraissenr sains.
Cette photo se rapporte sans doute aux premiers stades de la maladie.
Sur d'autres photos, on remarque
Les feuilles de la cîme sont jaunes, petites, rassemblées en « balai de sorcière »
(raccourcissement des entre-noeuds) . Ces feuilles sont beaucoup plus petites qu'à la normale
(comparer avec des feuilles saines en haut à gauche sur la photo.) Les plus âgées, immédiatement en
dessous, sont mortes, désssèchées, noircies, pendantes verticalement et toutes
gaufrées.
L'évolution de ces symptômes sur le bouquet de feuilles terminales pourrait
être assez rapide (à vérifier par une contre visite à une semaine de distance)
b/ les rameaux

Sur une coupe londitudinale de la tige, une décoloration brunâtre à noire, issue de la base de la tige,
suivant la moelle
apparait clairement sur la photo n°6, mais nous ne pouvons donner une inerprétation autre qu'une réaction
de poly-oxydase pour les tissus centraux.
La photo n°7 montre une modification de l'écorce, devenue grise, grenuleuse,
avec des fentes verticales, dépressions chancreuses sèches caratérisant par des destructions longitudinales.

c/ les tiges
Nous notons surtout le développement des bourgeons axillaires de la base
de la tige. Ceci est une réaction bien connue des plantes envers un envahisseur
champignon , tel que le Fusarium que nous avons connu sur tomate, bactérie,
telle que Pseudomnas solanacearum sur tomate et aubergine, et enfin par certains
virus, tel le tomato yellow leaf curl sur tomate, tels que j'ai pu étudier dans
ma carrière). A noter, un peu plus haut sur
la tige, le développement de petits bouquets foliaires
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d/ Le collet
Une photo nous montre un chancre creux à la base de la plante et la pourriture
des toutes racines issues de cet emplacement. La lésion chancreuse
est caractéristuque à la base d'une tige, pratiquement en position du collet. Les bords
de la lésion sont parsemés de petites intumescences pâles.
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D. Données supplémentaires
Sur des images de manioc malades à l' AMAPA, par le service de protection des cultures brésiien EMBRAPA.


1°Observation de petites plaies de l'écorce ds racines tuberculées. A ce niveau des petits
fragments se redressent en oreillettes.
2° sur les tiges, présence de grandes plaies sèches (flèche rouge) et émergence de rameaux feuillés (flèche bleue)
Ces signes semblent s'accorder avec ceux des photos n°1 et n°7 du FREDON.
E .Bibliographie
Ayant pu jusqu'ici déceler des signes assez caractéristiques de la maladie, aussi bien en Guyane,
qu'au Brésil, nous allons nous intéresser à la diversité des maladies du manioc dans le monde, afin de vérifier
que notre maladie présente apparait bien différente de ce qui est connu et qui peut mériter son appellation
de "nouvelle"
E.01 Les maladies du Manioc décrites par
l'IITA au Congo Démocratique (pages 15 à 19)
La plante se trouve affectée,
d'une part, par deux maladies virales appelées respectivement la mosaïque
africaine du manioc (CMD= cassava mosaîc disease) et la striure brune du manioc (CBSD)
=cassava brown streak disease
d'autre part, par une maladie bactérienne
appelée la bactériose vasculaire du manioc ou CBB = cassava bacterial bligt
ou CBB .
E.02 Etudes de l' IRD (ORSTOM)
1° la maladie de la mosaïque du manioc, (synonyme CMD).
Le Virus de la Mosaïque du Manioc (CMV) est un geminivirus transmis par la mouche
blanche Bemisia tabaci.(FAUQUET C. & FARGETTE D.)
avec les sympômes suivants
Les plants virosés se caractérisent par des feuilles couvertes de taches jaunâtres ;
lorsque les attaques sont plus graves, les feuilles sont crispées et enroulées et se rabougrissent. L'intensité
des symptômes, seuls révélateurs connus de la CMV, varie selon le mode et l'époque de la contamination.
Plus les pieds sont infectés jeunes, et surtout lorsque les boutures le sont, plus le pourcentage
de feuilles virosées est important et plus les pertes de production sont élevées.
2° la maladie de la striure brune du manioc
synonyme de la CSBD
Ce virus a été identifié pour la première fois en 1936 en Tanzanie.
Les symptômes de cette pathologie virale sont manifestes sur les feuilles, les tiges et les racines tubéreuses
du manioc. Au niveau des feuilles, une chlorose apparaît sur les bordures des nervures secondaires avant
d'atteindre les nervures tertiaires. A un stade avancé de la pathologie, ces taches chlorotiques de couleur
jaune et verte, affectent et endommagent toute la feuille. Sur les tiges, la chute des feuilles laissent transparaître
des cicatrices foliaires sur lesquelles se forment des nécroses et des lésions de couleur brune foncée qui ont une
forme semblable à celle des stries. La striure brune provoque des trous et un rétrécissement apical des
tubercules de manioc ainsi de petites fissures à la surface de l'écorce. Une coloration jaune brune et des stries nécrosées
sont observables à l'intérieur des racines tubéreuses. Cette nécrose liégeuse rend les tubercules
impropres à la consommation.
Les racines peuvent se contracter à cause de la pourriture des tubercules et être affectées
d’un retard de croissance
.
3° la bactériose du manioc (synonyme CBB)
Cette maladie est apparue au Brésil en 1912
Etude et thèse de J.F.DANIEL à l'ORSTOM-Brazzaville .
symptômes
La bactériose vasculaire du manioc s’exprime en saison des pluies et se caractérise par une
grande diversité de synptômes :
- taches anguleuses sur le limbe,
- brûlures foliaires avec production d’une toxine,
- fléttrissement des feuilles,
- lesions sur tiges avec production d’exudat,
- defoliation des rameaux,
- dessèchement des sornmités.
La combinaison de ces symptômes est un fait unique parmi les bactéries phytopathogènes.
Dans le cas de plants issus de boutures contaminées, la maladie se traduit par le flétrissement
rapide des jeunes rejets avec production de bactérioglés sur les tiges non aoûtees. Le
desséchement des jeunes rejets est rapide.
Pour les plants sains, le début de la maladie est caractérisée par l’apparition de taches
anguleuses limitees par le réseau des nervures associés ou non à une brûlure du limbe. Après
multiplication de ces lesions foliaires, les feuilles flétrissent puis tombent du rameau porteur,
provoquant sa défoliation. Simultanement, sur les jeunes tiges des nécroses avec production
d’exudats apparaissent, lesquelles évoluent ensuite en lésions chancreuses. Les tissus
sous-jacents et notamment les tissus vasculaires sont colorés en brun noirâtre. Cette altération
peut s’etendre jusqu’à la moelle. Des coupes histologiques démontrent la présence vasculaire du
parasite.
Au stade ultime de la maladie, on observe la destruction de la partie aérienne des plants. A la
limite des tissus nécrosés, les plants émettent des rejets qui rapidement présentent à leur tour les
symptômes de la maladie. Ces jeunes rejets sont très sensibles à la maladie pendant la saison des
pluies et au redénarrage de la vegetation (fin de la saison sèche). Ils maintiennent dans les
plantations un inoc>ulum secondaire important. Il est capital de noter que les tiges âgées adaptées
à la production de boutures, malgre la présence vasculaire de la bactérie, sont souvent
apparemment saines.
On observe aussi des lésions sur fruit et la présence de la bactérie dans la semence, les fleurs
et sur les grains de pollen (Daniel et al., Elango et al.). »
E.03 Travaux de Côte d'Ivoire
Les jeunes chercheurs ivoiriens (BROU Guy, KOUASSI Nazaire et al., 2015) eont rassemblé toutes leurs connaissances du manioc dans une étude complète,
intitulée
Guide technique "Reconnaître les principales maladies fongiques, bactériennes du manioc et virales pour mieux
protéger la culture du manioc en Côte d’Ivoire."
F Diagnostic, pronostic, prise en charge et mesures de lutte
Nous posons premièrement une réserve. «La production de racines a diminué, nous dit-on»
Les informations nous manquent concernant les dommages sur tubercules.
Ceux-ci sont-ils moins nombreux, de moindre taille ou leur contenu altéré?
Des renseignements suplémentaires pourraient apporter quelqes pièces au "puzzle" , tels que:
l'influence des pluies ou de la saison sèche,
la dispersion de la maladie en tache ou sur plants isolés,
la chronologie des atteintes,
le commencement de la maladie,
à quel âge de la plante les plants meurent-ils etc.
Il serait utile de dégager le collet des plantes malades pour observer la présence de lésion (pourriture?)
Notre opinion , après le dépouillement de ces données, photos et bibliographie , s'oriente sur une qualité "systémique "
du parasite, c'est--à-dire parasite des vaisseaux conducteurs de sève, possiblement tellurique, c'est-à-dire issu du sol
L'identification ne pourra pas étre obtenue sans isolement en laboratoire de phytopathologie.
La presse nous informe que nos collègues brésiliens ont avancé dans les recherches et auraient isolé 4 champignons
(dont 3 identifiés). L'un serait un Fusarium solani. Les Fusarium sont de redoutables parasites des plantes. Des essais
sont en cours pour remédier à la maladie par un traitement associant un champignon antagoniste (Trichoderma viride) et
un compost "BIIOCHAR" obtenu de charbon et de déchets de corossol. Les premiers résultats semblent très encourageants
Publications
da Silva J. S.
A. de Medeiros E. V., da Costa D. P., de Souza C. A. F., de Oliveira J. B., da Franca R.
F., Souza-Motta C. M., Lima J. R. D., Hammecker Claude. URM 5158 as alternatives for the management of cassava root rot. Applied Soil Ecology, 172, 104353
rapport de mission 2022
rapport de mission 2023" Guyane 1ère mai 2023
Book cover
Croissance des plantes, p. 223 à 239 substances de croissance
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Claude DECLERT
DR de phytopathlogie tropicale retraité
fondateur du site http://lephytoscope.fr/index.htm
Fontainebleau 01/10/2023
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