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Le greffage du Manioc
La "révolution" du système MUKIBAT en Guyane?
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Le Manioc, Manihot esculenta, appartient à la famille des Euphorbiacées comme l'Hévéa, le Poinsettia, le Ricin ou la Mecuriale. Il s'agit d'un arbuste que les paysans reproduisent par bouturage et qui produit des racines tuberculisées utilisées dans l'alimentation, sous des noms variés : Manioc, Manioca, Cassava, Tapioca, Gari ou Ubi Kayu. D'origine sud-américaine, cette plante se cultive dans le monde tropical tout entier. Mukibat, qui appréciait ses tubercules, souhaitait en augmenter la production.
Manihot Glazioviiest un arbre brésilien cultivé dans beaucoup de villages tropicaux où, bien que dépourvu de tubercules, on l'apprécie pour sa croissance vigoureuse et ses larges feuilles sombres, comestibles, souvent utilisées comme épinards.
Mukibat fabrique un fagot de tiges du Manioc à tubercules qu'il coiffe d'un segment de tronc, préalablement fendu, du Manioc en arbre ; quelques liens maintiennent la cohérence de cet objet composite réunissant deux espèces différentes et visant à la fois à les greffer et les bouturer. Combien de temps faut-il pour le fabriquer ?Le temps de fumer un kretek, pas davantage. Mukibat oriente le Manioc tubercules vers le bas et il place l'objet dans le sol comme on le fait pour n'importe quelle bouture. Quelques mois plus tard, il obtient vers le haut un arbre de 6 à 7 mètres et vers le bas, des tubercules géants, dix fois plus gros que les tubercules normaux !
Devant un résultat aussi surprenant, notre inventeur a dû se demander si ces tubercules géants étaient comestibles ; on imagine la tête d'un Belge à qui on proposerait, pour y tailler ses frites, une pomme de terre grosse comme un sac de marin ! Les résistances psychologiques ont probablement été fortes avant que les habitants de la région n'adoptent le « Manioc Mukibat » : actuellement, cet aliment ne pose plus aucun problème et, localement tout le monde l'apprécie.
En revanche, plus de vingt ans après, la question de l'usage alimentaire du Manioc géant se posait encore chez les scientifiques étrangers et ce n'est qu'en 1974 que des agronomes hollandais démontrèrent l'identité sur le plan alimentaire entre le Manioc Mukibat et le Manioc banal ; puis l'IRD de Côte d'Ivoire a repris l'expérience et confirmé l'augmentation de production. Il n'y a plus maintenant de doutes ; sans aucune dépense supplémentaire, Mukibat multiplie par dix le rendement du Manioc, par simple association d'un arbuste et d'un arbre ; mais l'intérêt ne se limite pas à l'aspect pratique : l'expérience de Mukibat montre qu'une synergie peut d'établir entre deux espèces distinctes, apparentées certes, mais différentes l'une de l'autre. Elle montre aussi que la greffe, contrairement aux habitudes européennes, peut s'utiliser avec succès dans les deux sens.
En Europe, la greffe a pour but d'améliorer le greffon ; par exemple en insérant un greffon fragile sur un porte-greffe robuste, la robustesse se transmet au greffon. Dans le cas de la méthode Mukibat, au contraire, le porte-greffe se trouve modifié sous l'influence du greffon, dans un sens favorable à l'agriculteur. Comme on pouvait s'y attendre, une telle découverte n'a pas été du goût de tous et les critiques ont commencé à pleuvoir de la part des fabricants d'engrais qui auraient préféré que Mukibat utilise leurs « intrants », comme celles des agronomes, un peu vexés de n'avoir pas été les auteurs d'une découverte aussi importante.

Ayant eu autrefois le privilège de travailler avec M.Dizes, lors de mon affectation à Adiopodoumé, Station de l'IRD en Côte d'Ivoire, et l'ayant guidé pour résoudre des problèmes de pollution microbienne de ses boutures de manioc greffées, et disposant des deux manioc nécessaires pour le greffage, à savoir le Manihot esculenta (utilissima) et le M.glaziovii, réunis présentement sur la parcelle de Papinabo (Kourou>Guyane), il s'est avéré naturel que je tente une fois encore la technique de greffage, aidé de mon épouse Mme DECLERT. Nous avons observé que les porte-greffe se sont garnis de racines et les greffons ont développé des tiges, en 1 à 2 semaines. Nous disposons actuellement de 17 seedlings prêts à planter. Leur récolte, au temps voulu, sera la réponse au problème "le système Mukibat est-il applicable en Guyane"?
Ci-après quelques photos issues des sources d'images du système en Indonesie .

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Une plaquette de publicité sur une feuille A4 pliable en 3, soit 6 volets expose la situation de nos recherches en avril 2019.

Dans le monde tropical, quelques essais d'introduction de la technique MUKIBAT ont été tentés. A ma connaissance, la Côte d'Ivoire, le Congo Brazzavile, et Madagascar auraient tenté cette découverte. Ceux de Côte d'ivoire, menés par J.DIZES de l'ORSTOM, ont été très encourageants, mais interrompus à la suite de l'arrêt de la coopération de l'IRD.
Un rapport assez détaillé révèle outre ses avis sur les différentes techniques appliquées, des chiffres sur le comportement des plants gréffés. La production de plants greffés pour une récolte après 11 mois et demi de culture, atteindrait 32 kg de racines tubérisées. Pour un taux de plantation de 10.000 pieds /ha , l'évaluation de la production à l'ha se situerait aux environs de 300 à 320 tonnes. A titre de comparaison, le Mémento de l'Agronome (page 670) annonce pour l'Afrique des rendements de 60 tonnes pour des cultures en terre fertile. Avec prudence, la qualité des sols cultivés en Guyane étant loin du niveau de bonne fertilité, on pourrait cependant attendre des résultats significatifs.

Perspectives du projet Mukibat en Guyane
Les travaux, menés en février -mars 2019, et poursuivis jusqu'à la récolte, seraient ainsi prometteurs de répercussions pour la Guyane, sans négliger des incidences pour les Territoires Ultramarins, et autres pays tropicaux.
L'économie de la culture de manioc serait le premier niveau des conséquences, avec un boom de la production du vivrier.
Il est églement envisageable de restreindre les surfaces emblavées en manioc pour de meilleurs rendements, aménageant ainsi des aires de forêt échappant à la déforestation et satisfaisant les Verts-écologistes.
Les chercheurs de l'Université de Guyane ne seraient pas privés de la vague Mukibat ; de nombreux sujets scientifiques
émergent à la suite de la compréhension de la cohabitation entre deux plantes différentes. La recherche agronomique ne serait pas non plus parent pauvre ; il lui incombra des expérimentations très sérieuses pour améliorer encore, si possible, par le choix d'autres partenaires dans le greffage.

Sources:

www.istrc.org/.../6th_symposium_proceedings_0039_section_3_2... H. De Brujin rapport FAO 1974
Foresta https://www.researchgate.net/publication/282167993_A_very_intimate_agroforestry_association_Cassava_and_improved_homegardens_ the_Mukibat_technique
greffe et plantation https://youtu.be/iYHYF02SlBk
https://youtu.be/iYHYF02SlBk
récolte https://youtu.be/Gjc30uGCSYU cropping
dizes: http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/pleins_textes_5/b_fdi_08-09/09267.pdf
Ken Mudge https://www.researchgate.net/.../43290954_A_History_of_Grafting 45314494_p
Brochier Agricongo https://cgspace.cgiar.org/handle/10568/60068?show=full
Ken Mudge https://www.hort.purdue.edu/newcrop/janick-papers/c09.pdf
Fontainebleau, le 7 juin 2019 https://youtu.be/I9fzAhB5lbA

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